La téléconsultation au service de l'EHPAD "La Maison de Jeanne"
Dans cette entretien, Hélène Samson, infirmière à l'EHPAD de Villers-Bocage, La Maison de Jeanne, nous partage son expérience des téléconsultations dans le cadre de son travail quotidien. Elle nous explique comment cette approche bénéficie aux soignants et aux patients.

Bonjour Hélène, pour commencer, pourriez-vous vous présenter ainsi que votre résidence ?
Ici, à la Maison de Jeanne, il est important de préciser que nous avons le Label Humanitude. Les habitants [NDLR : Le terme "habitants" désigne les résidents, mettant l'accent sur le fait qu'ils vivent dans l'établissement] se sentent comme chez eux, car c’est avant tout leur lieu de vie. C’est une résidence de 180 habitants.
Je suis Hélène SAMSON, je suis diplômée infirmière depuis neuf ans. Je travaille ici depuis six ans, dont trois ans sur ce poste à temps complet, en journée, dédié à la télémédecine. J’ai obtenu mon DU Plaies & Cicatrisation il y a deux ans, ce qui m’a permis de me former davantage et d’être une personne ressource dans l’EHPAD.
Le soignant et la téléconsultation
Avant de commencer, aviez-vous des a priori sur les téléconsultations ?
Non, je n'avais pas d'a priori sur la téléconsultation mais la peur de ne pas réussir à gérer en étant seule avec le patient. Au besoin, je peux avoir l’aide de mes collègues.
Selon vous, qu’est-ce qui permet aux téléconsultations de bien fonctionner dans votre établissement ?
D’abord, on sait que ce service existe. Puis, avec l’accord du médecin traitant, on sollicite Domoplaies. Les médecins traitants sont toujours d’accord. Ensuite, on continue parce qu’il y a des résultats. Dans les ¾ des cas, on arrive à cicatriser les plaies. Cela permet d’avoir un avis, notamment quand on n’est pas toutes d’accord. Domoplaies permet de trancher en ayant un avis d’expert.
Le matériel dont vous disposez est-il adapté aux téléconsultations ? Quels équipements trouvez-vous particulièrement utiles ?
Nous avons un nouvel ordinateur, donc cela fonctionne mieux, malgré la connexion internet à Villers-Bocage qui n’est pas toujours optimale.
Le matériel est adapté. Nous avons deux types de caméras, et les deux sont utilisées. Nous faisons également des téléconsultations de gériatrie avec le Dr Pablo Descatoire, il utilise plutôt la caméra IP [NDLR : Une caméra connectée à Internet, qui permet de réaliser des prises de vue à distance], et avec Domoplaies, nous utilisons les deux. La petite est portative, on peut zoomer et il y a une lumière, ce qui est pratique pour les plaies situées derrière le mollet ou au talon. Nous avons également un dermatoscope, mais nous ne l’utilisons pas pour le moment.
Qu'est-ce que la téléconsultation vous a apporté dans votre pratique ?
J’apprends plein de choses pendant les téléconsultations avec Myriam Nouvel (Meller), infirmière experte, notamment sur des pathologies dont je n'avais pas connaissance, on se pose pleins de questions sur l'habitant. Après, j’ai acquis un peu plus d’automatismes. Je réfléchis en me disant : “Comment Myriam penserait ?”.
La téléconsultation offre un véritable soutien, et les réponses sont rapides. Par exemple, nous avons eu un doute sur un hématome disséquant. Nous avions informé le médecin, mais le diagnostic étant incertain, la prise en charge a tardé. Après la prise de contact avec Domoplaies, tout s’est engagé rapidement, et le patient a été pris en charge sans délai.
Au-delà de la téléconsultation, il y a un accès facilité. Vu qu’il y a eu un pré-diagnostic, cela ouvre les portes au CHU.
Quels sont les bénéfices pour les patients et sur votre gestion du temps en tant que soignante ?
J’essaie de toujours m’adapter aux habitants. Au niveau des créneaux horaires, quand je prends le rendez-vous, je m’adapte toujours. En fonction de la plaie et de l’habitant, je sais à quel moment il faut prendre le rendez-vous. Pour eux, je pense que ça n’a pas beaucoup d’impact. Pour moi, je gère ma journée différemment.
L’avantage, c’est que je suis une infirmière dédiée à la télémédecine, donc je peux me détacher. Mes collègues assurent les autres soins. Depuis la création de ce poste dédié en 2019, c’est toujours moi qui réalise les téléconsultations. J’ai une collègue formée pour me remplacer en cas d’absence.
Les patients
Vos patients sont-ils à l’aise avec la téléconsultation ? Cette approche répond-elle à leurs besoins et attentes ?
Tous les patients ne se sentent pas à l’aise, car il s’agit de nouvelles technologies. Notre public est plutôt âgé et n’a pas l’habitude des nouvelles technologies.
Ceux qui n’ont pas trop de troubles cognitifs comprennent bien. Pour les autres, c’est plus compliqué, mais on s’adapte. La limite est surtout pour les patients malentendants, car cela peut limiter l’échange avec l’infirmière experte. Comme ils ont confiance en moi, je leur explique : « Je parle avec Myriam, et je vous réexplique après. » Je prends le temps.
Comment participent-ils lors de la téléconsultation ?
Les habitants voient l'infirmière experte sur le grand écran TV et eux se voient dans un petit carré. Le son est assuré par une enceinte (micro et haut-parleur). Quant à moi, je suis sur le côté avec l’ordinateur.
Quels retours avez-vous reçus de leur part ?
Initialement, le patient n’est pas demandeur de ces consultations, car ils ne savent pas que cela existe. Quand on leur propose, ils sont plutôt contents. Avec Myriam, ça se passe toujours très bien. Au contraire, il y en a même qui l’appellent par son prénom, ils savent très bien qui elle est. C’est bien de suivre le dossier [NDLR : la même infirmière experte], car il y a une relation de confiance qui apparait. Cela nous aide à faire accepter certains soins
Par exemple, quand ils ne veulent pas des bandes de contention, si c’est l'infirmière experte qui leur dit, alors ils acceptent un peu plus facilement. Il y a beaucoup d’apports grâce à Domoplaies.
Les patients partent parfois sur d’autres sujets en disant : « J’ai mal ici et puis j’ai ça aussi », donc on est obligé de les recadrer. Ils sont demandeurs et participent.
En conclusion, que diriez-vous pour recommander la téléconsultation à d’autres personnes, par exemple pour le suivi des plaies (chroniques ou complexes) ?
Il faut essayer et voir par soi-même. Le résultat, dans ¾ des cas, les plaies sont cicatrisées. On arrive à faire beaucoup de choses.
On a beaucoup de conseils ; cela permet de se sentir un peu moins seule. Dans les pansements, on ne connaît pas tout. Myriam a énormément de connaissances. Ce sont même les laboratoires qui viennent la voir, chose que l’on n’a pas forcément.
Le fait que les consultations se déroulent sur place, et qu’on évite les déplacements pour les habitants, « ça, c’est vraiment bien. » Le suivi par photos permet une continuité dans les soins, même s’il y a plusieurs intervenants.